Semaine de la Paix

On m’a demandé de donner mon point de vue en tant que thérapeute en santé globale sur la paix : comment un thérapeute envisage-t-il cette réalité? Je répondrai peut-être en thérapeute, car c’est la passion qui m’anime au quotidien dans ma pratique, mais je répondrai avant tout aussi comme femme du 21e siècle, mère et professionnelle de santé.

 

Qu’est-ce que c’est qu’être en paix?

L’étymologie nous apporte une réponse : être en paix et être en santé c’est la même chose. Du Grec « Sotéria » sont issus 2 mots : salut et santé. Eux-mêmes dérivant de l’hébreux « Shalom » qui veut dire paix. Être en santé ou en paix, c’est avant tout être entier, c’est-à-dire habiter son corps, tout son corps, tous ses corps même comme on le verra un peu plus tard. C’est tenir le haut et le bas ensemble, comme nous l’apprend la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC). L’homme est un pont entre le Ciel et la Terre.

Il sera capital d’avoir de bonnes racines : savoir d’où l’on vient, son histoire, celle de sa famille, de son pays, être bien « enraciné ». Et vous savez toutes les pathologies qui naissent de ces carences… Mais aussi avoir de bonnes racines, c’est prendre soin de sa matière. Le corps est le temple de l’Être qui s’est incarné. Le corps est l’instrument avec lequel nous expérimentons le Monde et la Vie. Le malmener n’est jamais sans dommage pour notre apprentissage de la vie, pour notre réalisation personnelle. Sans en faire un culte excessif, prendre soin de notre corps est le début d’un chemin vers l’autre : si je ne me respecte pas moi-même comment pourrai-je respecter autrui? Mais il sera aussi important de grandir dans sa verticalité, qui est la vraie dimension de l’homme. Ouvrir son esprit et le nourrir. De pensées certes, mais aussi de beau, d’éphémère, de subtil, de silence, de grâces.

Le lieu d’équilibre de ce « pont » se trouvant au niveau du Cœur de l’homme. C’est là que l’homme trouvera sa vraie richesse qui grandira en se donnant… C’est là la seule solution, malheureusement trop souvent oubliée au profit d’une surenchère intellectuelle… On reste au niveau de l’intellect et on passe à côté de la dimension sacrée de l’individu, seule source de paix. L’homme comme l’arbre ont ce privilège d’avoir leurs racines en Terre, et d’étendre leurs « branches » vers le Ciel… Parfois, l’humain a un peu perdu de vue ses « frondaisons » et reste embourbé dans le monde matériel, ou au contraire, coupé de ses racines (ancestrales, socioculturelles, historiques) décolle dans toutes sortes de direction plus ou moins pathologiques car coupées de la réalité qui l’entoure.

Tout l’art du thérapeute est de redonner son équilibre à son patient et de l’amener à retrouver son axe vertical puis son centre… Et vous savez combien de patients souffrent par manque de structure, manque de direction : dans quel sens va ma vie? Qui les soutient? Qui les a fait grandir? Qui les habite? Si je suis en paix à l’intérieur de moi, avec mes différents corps qui me constituent, alors je pourrai rayonner la paix autour de moi. Comment puis-je porter la paix, si je suis moi-même cassé, abîmé dans mon corps? Je pourrai parler de mes souffrances, de mes blessures, porter témoignage de ma reconstruction certes, et du chemin en cours, mais la paix si elle m’habite viendra toujours de l’intérieur, pas d’une quelconque situation extérieure. Être en paix à l’intérieur de moi c’est avant tout être en harmonie avec toutes les nuances qui m’habitent : tous mes corps… Et par là je veux parler de la richesse et aussi de la complexité qui fait l’humain. Un corps humain ce n’est pas qu’une juxtaposition d’organes, mais bien différents climats qui résonnent et interfèrent entre eux :

  • Corps de mémoires
  • Corps d’appétits
  • Corps de pulsions
  • Corps d’émotions
  • Qui constituent notre corps physique
  • Corps de désirs
  • Corps de paroles
  • Corps de sentiments
  • Corps imaginal, de rêves
  • Qui constituent notre corps psychique
  • Et enfin Corps de louange
  • Corps de silence
  • Qui constituent notre corps spirituel

Car l’homme est avant tout un Être spirituel. D’une façon consciente ou inconsciente, il a toujours cherché depuis la nuit des temps une réponse à ses questions existentielles : « pourquoi suis-je là? » « Pourquoi la vie plutôt que rien? » Tout un tas de réponses variées et différentes sont venues, de différentes cultures, depuis la nuit des temps essayer d’apporter une réponse à ces questions… Ce questionnement même place l’homme dans une quête spirituelle. C’est par un approfondissement du regard intérieur que l’homme apaise sa soif de savoir. Il trouve dans le silence et le souffle un calme à son mental, et une ouverture à plus grand que lui en Lui : début d’apaisement. Sans ce retournement vers l’intérieur l’homme court toujours après quelque chose d’essentiel qui lui échappe tout le temps parce qu’il court justement au lieu de s’arrêter… Et parfois c’est la maladie qui l’oblige à s’arrêter. J’ai l’habitude de dire : la maladie est le dernier moyen qu’à trouver l’Être qui nous habite pour se manifester, et nous obliger à le recontacter…

Le thérapeute, outre soulager son patient, aura pour mission véritable de transformer ce patient en sujet de sa maladie et non plus en objet subissant, de reconnecter ce sujet à son intériorité. Philon D’Alexandrie, il y a 2000 ans disait déjà qu’être thérapeute c’est « prendre soin de l’Être ». Redonner son axe, son centre à un patient qui souffre, c’est déjà le sortir un peu de sa maladie : il n’est pas « que » sa maladie! C’est le remettre sur une voie de salut, c’est-à-dire de santé. La guérison pourra s’ancrer à partir de quelque chose de sain, de vivant. La guérison véritable s’opère toujours de l’intérieur vers l’extérieur, des plans les plus profonds vers les plans superficiels. Est-ce que nos sociétés et nous même privilégions cette approche??? La paix commence toujours à l’intérieur de nous. De Jésus Christ, à Gandhi, en passant par Nelson Mandela et le Dalai Lama, TOUS nous ont donné la voie à suivre : l’intériorité. Et si je ne suis pas capable d’être en paix à l’intérieur de moi, de ma famille, de mon village, alors la Paix ne pourra pas se faire dans mon pays, mon village ma famille… Une trame nous unit et nous relie tous les uns aux autres, et mes pensées, mes énergies, positives ou négatives interfèrent sur mon entourage, sur l’égrégore auquel j’appartiens, mais aussi, et la neuro-immunologie le dit maintenant de façon scientifique sur ma santé. Mon état de stress, ou au contraire de sérénité, par exemple a une incidence sur mon système immunitaire. Ne serait-il pas temps de porter attention à cela avant que de « tomber » malade?

Mais être en paix c’est aussi être porteur de paix. De quoi sommes-nous porteurs dans nos quotidiens? Le pouvoir des mots est phénoménal! Une bonne parole est réparatrice, voire curative : elle peut guérir. C’est une bénédiction, du latin « béni cité » : bien dit. Au contraire une mauvaise parole (mal dit = maudit) pourra détruire quelqu’un et vous sentez bien combien cela est arrivé dans nos existences… Les mots sont les premières armes d’un conflit : c’est à cause d’eux qu’on prend les armes… et si nous commencions nos propres campagne de désarmements? Les mots non dits iront aussi détruire à l’intérieur de nous : ce qui ne s’exprime pas en mots s’exprime en maux… Alors que faisons-nous de tous ces mots? Là aussi le thérapeute trouvera l’art de faire évacuer ses souffrances au patient avant qu’elles ne prennent le dessus sur sa biologie et, si c’est le cas, il faudra retrouver l’origine, comprendre avec sa tête, mais écouter dans le silence la voie du cœur qui pourra se faire entendre dans la mesure où la blessure aura été entendue, reconnue. Trouver la solution n’est pas toujours garant de vie retrouvée, mais toujours d’apaisement. Et si le bout du chemin est atteint, le patient qui aura retrouvé la paix en lui, pourra « partir » libéré de ses paquets de chagrins et paquets de mémoires. Partir en paix est ce qu’un thérapeute doit s’attacher à donner à son patient lorsqu’il l’accompagne pour sa fin de parcours… Les paroles de paix, mais aussi les pensées… Nos pensées sont créatrices : ce sont des énergies circulantes : alors, bombes à retardement ou au contraire, créations en devenir? Nous sommes responsables de la société dans laquelle nous vivons… Face aux violences, à la bêtise, à la mort, il est urgent de développer et de multiplier la seule énergie qui puisse renverser cet enchaînement morbide : l’AMOUR. L’amour, l’énergie du cœur (reflet de l’énergie céleste dans le corps de l’homme selon la MTC) est la seule capable d’arrêter les horreurs de ce monde. Mais peut-être que l’amour n’est pas encore suffisamment connu ni aimé dans ce monde, pour qu’il puisse grandir dans chaque homme? Dans nos sociétés confortables, nous avons souvent perdu notre orientation (notre orient). Ce qui fait grandir l’homme ce sera certes des bons soins et de la nourriture, mais sans amour, on en fera un psychotique profond! C’est Mère Thérésa qui disait que les pays du tiers monde manquaient de tout, mais que ses enfants étaient capables de rayonner malgré cela, au milieu des bidonvilles, d’une joie extraordinaire! Alors que nous autre occidentaux, si nous ne manquons pas de matériels, avons perdu l’essentiel : la joie… Alors être en paix, être porteur de paix, cela commence par retrouver la joie qui habite en chacun de nous, pour pouvoir ensuite la rayonner autour de soi, comme une magnifique épidémie de Lumière!!! Ce travail intérieur patient de consolidation de ce que Je Suis, d’harmonisation, sera alors un levier formidable pour être ensuite de vrais porteurs de paix. Ce n’est qu’à ce prix : retrouver sa paix intérieure, sa santé, son entièreté, qu’on fera vraiment et durablement progresser la paix; et il appartient à chacun de nous d’en faire sa part. Je nous souhaite de cultiver au mieux notre paix intérieure, source de santé et de joie afin de faire grandir la lumière dans le monde.

Publié le 27 février 2008

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